La société change, le CCAS s'adapte

Difficultés des personnes âgées ou isolées, des familles fragiles, des jeunes en rupture ou des travailleurs « humbles »… : sur la base d’un diagnostic territorial qui passe au crible la réalité montluçonnaise, le CCAS change son image, renforce ses réseaux et étend son action à ceux qui en ont le plus besoin, sans toujours oser, pour autant, faire appel à lui. PhR
Les 7 et 8 décembre, le CCAS rendait public le diagnostic social territorial réalisé, pour la première fois à Montluçon, par le cabinet Compas en lien avec tous les partenaires locaux de l’action sociale : le Conseil général, la Mission locale, l’Office public de l’habitat (ex OPHLM), l’Insee, la Direction générale des finances, la Caisse d’allocations familiales, les services municipaux et l’intégralité (moins une) des associations montluçonnaises œuvrant dans le domaine de l’aide sociale et de l’insertion (CIDF, Absecj, Pénélope, Coup de Main, Restos du Cœur, Resto’Lidaire etc.). L’objectif de ce diagnostic territorial, fruit de nombreux mois de travaux communs et du croisement de multiples données, est d’orienter l’action sociale pour la durée du second mandat, et de pouvoir, à l’issue de ce mandat, dresser un bilan objectif et opérer les ajustements nécessaires.
Autre avantage de ce diagnostic, tous les partenaires s’accordent – et c’est une première - sur un même état des lieux et des statistiques communes, ce qui permet le rapprochement. « C’est la première fois que tout le monde travaille avec les mêmes chiffres », souligne la directrice du CCAS Chantal Eclaircy. Le consensus vient d’une confrontation rigoureuse et systématique des données collectées avec la réalité de chaque intervenant. Sur cette base ont été constitués trois groupes de travail : le premier sur la cohérence territoriale, c’est à dire la possibilité d’accéder à un service social quel que soit le quartier. Le second sur les personnes isolées ou en perte d’autonomie (âgées, seules ou handicapées). Et le troisième sur les familles fragiles, particulièrement monoparentales ou jeunes.
Souvent effectifs sur le terrain, le CCAS s’appuie sur le diagnostic pour souhaiter un renforcement des partenariats entre les différents acteurs, au sein d’un réseau qu’il coordonnera dès le début de l’année avec le Conseil général et qui pérennisera sous forme de commissions les trois groupes de travail. Ce réseau aura également un rôle de veille pour informer les partenaires des évolutions et des capacités d’intervention de chacun. Parmi les enseignements du diagnostic, celui ci souligne la nécessité pour le CCAS, au delà de son public traditionnel déjà pris en compte par un système bien rodé (CAF, Sécurité sociale…) d’élargir son champ d’action aux « travailleurs humbles », ceux qui, dans la philosophie du RSA, travaillent mais ont besoin d’un accompagnement. Pour paraphraser le haut commissaire aux solidarités actives Martin Hirsch, il s’agit « d’aider ceux qui sont déjà eux-mêmes en situation de s’aider ». Egalement concernés : les jeunes en rupture familiale, qui ne peuvent prétendre au RSA socle qu’à partir de 25 ans. Le territoire de Montluçon (CCAS et ses partenaires) était d’ailleurs, par parenthèse, pilote dans l’expérimentation du RSA depuis janvier 2008.
Le CCAS a déjà pris de premières mesures en ce sens : récemment, son Conseil d’administration, composé de personnes de toutes tendances politiques, représentants des élus, des institutions ou des associations, a voté à l’unanimité la révision et l’extension de son quotient (barème d’aide sociale) mis en place en 1995. Dès le 1er janvier, l’aide globale sera doublée et le quotient (le montant des ressources après déduction des charges, divisé par le nombre de personnes au foyer) étendu à 250 (183 auparavant). L’obligation de résidence (l’usager doit être résident montluçonnais pour bénéficier de l’aide du CCAS) est réduite de trois à deux mois. Dès cette année également, les foyers déjà inscrits au CCAS entre le 1er janvier et le 31 octobre 2009 recevront une « prime de Noël » : 30 euros en chèque loisirs par enfant de 0 à 18 ans, 30 euros de chèque alimentaire par adulte (une nouveauté), et 1 place de cinéma par personne au delà de 4 ans. Et, toujours, le CCAS propose à l’ensemble de ses usagers, en partenariat avec les scènes montluçonnaises, des contremarques pour bénéficier de leur programmation : Athanor, MJC, Guingois, Théâtre municipal Gabrielle-Robinne ou CDN Le Festin, qui propose deux classiques par an. Un excellent moyen de s’aérer l’esprit, mais aussi un très bon outil d’intégration éducative…
Pour les personnes âgées et isolées, le CCAS, en lien avec le Conseil général, envisage de resserrer les liens avec l’OPH, mais également d’autres partenaires comme le CLIC et le Conseil des sages. Déjà, il s’apprête à reconduire et accentuer une expérience d’aide au paiement de la mutuelle initiée cette année. En 2010, cette aide représentera 200 euros pour les personnes âgées de 25 à 49 ans, 350 euros de 50 à 59 ans et 500 euros au delà de 60 ans. Quant au retour à l’emploi, jusqu’à présent réservée aux personnes présentées par les entreprises intermédiaires de travail temporaire (Adef Job Services, Pénélope, Coup de Main, Laser 03, les Chantiers du Cœur…), le CCAS élargit son aide au financement du permis de conduire à tous les usagers en capacité de présenter trois fiches de paye consécutives. Cette aide plafonnée à 500 euros (pour une participation minimale de l’usager à hauteur de 100 euros) peut être éventuellement complétée d’un micro crédit social pour financer l’achat d’un véhicule s’il est justifié par un projet professionnel.
En marge du diagnostic mais toujours dans cet esprit de réseau, le CCAS de Montluçon finalisera avec ses partenaires du département la création d’une Union départementale des CCAS (UdCCAS), le 29 janvier prochain à Montmarault (seule ville de moins de 2000 habitants adhérente à l’Union nationale des CCAS). Lieu de ressources, d’échanges et d’informations, l’UdCCAS se positionne d’ores et déjà comme un interlocuteur unique et facilement identifiable pour des partenariats à plus grande échelle.
Françoise Blazy, vice-présidente du CCAS : « La volonté du CCAS, c’est d’aller vers ceux qui ne viennent pas spontanément vers lui, ceux qui ne demandent pas parce qu’ils ne connaissent pas, n’osent pas. A partir du moment où nous changeons notre image, nous contribuons à faire venir les gens. Le CCAS n’est pas un distributeur automatique de prestations, la réalité de son action n’a plus rien à voir avec l’image révolue des bons alimentaires. Le travail des agents – qui bénéficieront de formations adaptées et complémentaires – en est revalorisé : la recherche de solutions adaptées, si possible préventives plutôt que curatives, l’accompagnement et le suivi personnalisés, constituent le cœur de l’action sociale ».
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L'info AFP
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